Le cri de l’indien Cree le soir au dessus des canots

Oui en québécois on dit canot, du mot Ka-No des amérindiens arawak qui signifie « flotter sur l’eau », le mot français canoë étant en fait une déformation du mot anglais canoe  (prononcé [kəˈnuː]). Cette embarcation légère ayant été conçue pour la navigation sur les rivières et les lacs par les indiens nord-américains nous leur devons bien cette précision sémantique.

L’histoire des relations entre blancs et indiens est en effet parsemée d’approximations et d’erreurs d’interprétations, à commencer par le terme "indien" hérité de Christophe Colomb qui accostant aux Bahamas le 12 octobre 1492, après un peu plus de 2 mois de navigation depuis les côtés espagnoles, pensait avoir découvert les Indes. En accostant 16 jours plus tard à Cuba il pensait alors découvrir le Japon. Nous avons donc évité de peu les films de cowboys et de samouraïs et devrons nous contenter du film Cowboys & envahisseurs.

Au lieu d'"Indien" on préfèrera donc aujourd’hui le terme de "peuple autochtone "ou "Premières nations" pour désigner les amérindiens d’Amérique du nord.

Cette petite introduction étant faite je vous propose un bref aperçu de toute la richesse de ces cultures premières d’Amérique du Nord, par leurs traditions et par leurs créations contemporaines. Vous verrez que ces cultures sont toujours bien vives et voyagent à présent dans le monde entier.

Une tradition structurante : le Pow-Wow, ou rassemblement de tribus.

Pour nous, habitants de la vieille France, le mot Pow-Wow évoque bien sûr un groupe de chanteurs a capella des années 90, quatre jeunes gens qui voulaient être chats et pleuraient la mort d’un lion dans la jungle, terrible jungle… Wimboe wimboe wimboe….

Pour les autochtones d’Amérique, un Pow-Wow c’est un rassemblement à l’origine religieux ou guerrier, devenu au siècle dernier des sortes de festivals de danses folkloriques, quand tout ce qui n’était pas interdit dans leur culture était la pratique des chants et de la danse. Aujourd’hui, les Pow-Wow sont de véritables évènements structurants pour la culture autochtone, permettant discussions et rencontres entre tribus, dans une ambiance de kermesse et de rassemblement culturel et politique: une sorte de Fête de l’Huma où les burgers de bison ont remplacé les merguez.

Si vous voulez avoir un bref aperçu de l’ambiance d’un Pow-Wow, je vous invite à visionner ce petit film capturé le 10 juillet dernier lors du Pow-Wow "Echoes of a proud nation" de Kahnawake, en territoire Mohawk (10 kilomètres au Sud de Montréal, Québec).

Profitons-en pour clarifier une autre approximation européenne autour des Mohawks, dont la coupe de cheveux est appelée chez nous coupe "iroquoise"(Iroquois étant le nom du peuple, et Mohawk le nom d’une des 5 nations constituant ce peuple), et qui ne doivent surtout pas être confondus avec les Mahicans ou Mohicans. Les deux tribus se sont en effet livrées une terrible guerre de 1628 à 1675, guerre dont l’enjeu était le commerce de fourrures avec les colons Hollandais. Si l’on en croit James Fenimore Cooper, auteur du "Dernier des Mohicans", la tribu se serait éteinte en 1757, avec la mort de Uncas, ou Cerf Agile, fils de Chingachgook, pendant la guerre de 7 ans entre Anglais et Français. Mais pardonnons à l’auteur cette invention ainsi que de nombreux autres approximations, sans doute imputables à l’insolation qui troublait alors son esprit et le contraignit à dicter une partie du texte à sa femme lors de grandes envolées déliresques. Comment les 1500 Mohicans vivant actuellement au Delaware pourraient en vouloir à un homme dont l’esprit romanesque donna vie à l’une des histoires les plus romantiques sur la colonisation de l’Amérique du nord. Je vous met également au défi de résister au lyrisme de la bande originale du film réalisé par Michael Mann, sorti en 1992. Nous pardonnerons donc aussi à Hollywood d’avoir contribué à colporter cette histoire, et tant d’autres, qui dans l’inconscient collectif donnent aujourd’hui une image naïve mais finalement positive des "indiens".

Les premières nations dans la création contemporaine Canadienne : un aperçu de l’exposition my winnipeg, à la Maison Rouge, Paris (jusqu’au 25 septembre 2011).

Les mornes plaines de Winnipeg, capitale du Manitoba, son climat hivernal rigoureux et ses infestations estivales de moustiques semblent créer un environnement propice à une création artistique pure et détachée des contingences économiques actuelles du marché de l’art contemporain.

Avec l’exposition my winnipeg, la Maison Rouge entamme brillamment un cycle d’exposition visant à mettre en avant des scènes artistiques mal connues et originales, en dehors des grands centres de l’art contemporain. Pari réussi puisque qu’il permet enfin de comprendre les paroles de cette chanson du Montréalais Pierre Lalonde, chanson de 1973 qui pour de mystérieuses raisons faisait partie de mon folklore personnel et qui représentait l’intégralité de mes connaissances sur cette ville avant la visite de l’expo my Winnipeg : "à Winnipeg les nuits sont longues, tu me l’avais bien dit, là-bas la terre est plate, elle est pas ronde, plate comme la vie". Ces longues nuits de Winnipeg sont en fait hantées de rêves étranges et de paysages intérieurs fantasmagoriques, des visions que les artistes locaux utilisent dans leur art pour lutter collectivement contre l’ennui et donner une marque distinctive à leur ville. Mention spéciale ici aux conférencières stagiaires, étudiantes à l’Université du Manitoba à Winnipeg, qui commentent cette exposition et permettent de s’imprégner un peu du contexte historique et sociologique des 250 oeuvres présentées.

Parmi les 70 artistes représentés, trois m’ont particulièrement marquée :

Kent Monkman, artiste d’origine autochtone Cree, pour son diorama "The Collapsing of Time and Space in an Ever-expanding Universe", qui parle de la culture des indiens autochtones et de ses rapports à la culture occidentale. Au centre de ce diorama, et tournant le dos aux visiteurs, une berdache, un "être aux deux esprits ou homme travesti" dans la culture amérindienne. Autour de lui, des symboles de la société actuelle et la présence incongrue d’un castor rongeur de tourne-disque. Mais que regarde cet être par sa fenêtre? Je préfère vous laisser le découvrir vous même, en faisant le tour du diorama pour admirer une peinture de majesteux paysage Canadien cachée par le personnage.

Diana Thorneycroft pour ses dioramas et ses séries de photos intitulées "Group of seven awkward Moments". Le "groupe des sept" fait en fait référence au groupe de peintres-explorateurs qui s’attacha à représenter la nature sauvage du Canada jusqu’en 1931 et qui créèrent un nouveau style de peinture d’identité canadienne, au couleurs franches, s’éloignant du style européen. Diana Thorneycroft détourne ici l’imaginaire national canadien en mettant en situation des figurines en plastique et des jouets pour nous raconter avec humour les petites histoires de la grande épopée canadienne.

Sarah Anne Johnson pour son projet House on Fire, qui associe une maison de poupée, des sculptures de bronze, des photos de famille et des articles de journaux retravaillés au crayon et à la peinture. A l’origine de cette oeuvre, un drame familial, les conséquences psychiatriques d’un lavage de cerveau subit par la grand-mère de l’artiste, traitée dans les années 50-60 dans une clinique de Montréal pour dépression post-partum. Comment ne pas s’écrouler sous le poids d’un tel héritage? Par la création artistique et son partage semble t’il.

On peut aussi y voir une manifestation de la résilience du peuple canadien, qu’il soit autochtone, descendant de colons ou nouvel immigrant, prêt à braver le climat et les dangers pour se construire une nouvelle maison dans "le plus beau jardin de la terre". C’est ainsi que Tomson Highway, auteur et dramaturge Cree du nord du Manitoba, parle du Canada, dans l’essai sur la littérature canadienne "Mon pays c’est un roman", de Noah Richler (une de mes découvertes estivales). Mais attention, si Winnipeg a donné son nom à Winnie l’ourson, comme nous l’apprend le petit livret documentant l’expo my winnipeg, le Canada n’est pas pour autant le pays des Bisounours. Oubliez les clichés sur la nature sauvage, pour Tomson Highway cette nature est morte: "Quand nous vivions dans le jardin d’Eden, là-bas, au nord, je voyais ma mère marcher dans la forêt, c’est à peine si ses pieds touchaient le sol.(…) Dès que vous la sortiez de cet environnement et que vous la transplantiez dans une ville comme Winnipeg, Thompson ou Le Pas, elle prenait un aspect misérable que je haïssais. Elle me faisait penser à un rat musqué ou un castor perdu en pleine rue Yonge, à Toronto" (Mon pays c’est un roman, chapitre "La quadrature du cercle").

Allez, ne nous laissons pas gagner par la mélancolie et poussons tous ensemble le cri de l’indien Cree : (pousse le son, ça fait du bien).

À propos de Séverine Godet

Attachée à la presse + accro aux nouvelles technos. Manager @ Burson-Marsteller i&e (Cegid, Criteo, SafeNet, Sungard Availability Services). #media #socialmedia Bloggeuse sur Tamala75.wordpress.com et podcasteuse sur LVDLT.com
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2 réponses à Le cri de l’indien Cree le soir au dessus des canots

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