Le journal d’un privé ou le droit de ne pas savoir

[Retrouvez également une discussion sur ce sujet dans le #5 du Podcast La Voix Dans La Tête, #LVDLT, l’émission bimensuelle qui traite de l’actualité culturelle et technologique. Avec @lnaFromParis @PopGoesTheWza @JulienCalvet et @PascalMabille. Encore un grand merci à cette joyeuse équipe de m’avoir accueillie sur ses ondes.]

Amatrice de romans policiers et de Faits Divers, particulièrement ceux racontés par l’inimitable Pierre Bellemare, j’ai récemment eu le plaisir de rencontrer Charles Cluzet, qui vient de publier Le Journal d’un privé, aux éditions Jacob-Duvernet. Sans grande surprise c’est par l’entremise d’un certain réseau social (oui j’ai décidé de ne plus citer Facebook. Ah merdum je viens de le faire…) que nos chemins se sont un jour croisés, nous n’étions en fait qu’à un degré de séparation l’un de l’autre, comme Kevin Bacon et Julia Roberts dans l’Expérience Interdite.

Autant vous le dire tout de suite, Charles Cluzet n’existe pas, c’est un pseudo qui protège l’identité d’un ancien journaliste informatique devenu pendant quelques années enquêteur de droit privé, ou « détective privé » pour faire plus simple. A l’origine son pseudo « Cluzet » devait même, m’a t’il expliqué avec malice, être « Clouzot », en référence à l’inspecteur Clouseau de la Panthère rose. Et oui, l’auteur est caustique. Aujourd’hui « rangé des voitures » comme on dit, il n’est pas sorti indemne de cet épisode de sa vie qu’il raconte sans fard ni glamour, mais avec humour, dans ce livre en forme de « rapport de stage ». Le livre a même faillit s’appeler « le droit de ne pas savoir », mais dans notre société de surinformation rien ne reste secret très longtemps à qui sait où et comment chercher. Le style est donc circonstancié, chaque chapitre étant consacré à une affaire réellement traitée par l’auteur, et si les références aux privés de fiction abondent elles n’ont rien à voir avec le pragmatisme et le sordide de la plupart des situations réellement rencontrées sur le terrain. Quelques moments de grâce viennent pourtant illuminer le récit, au gré des rencontres avec clients, collègues ou « cibles » de l’enquêteur. Le « Nestor Burma » se retrouve aussi bien mêlé à des histoires d’adultère, d’espionnage commercial qu’à des enquêtes de recherche de personnes disparues ou d’attestation de « bonne moralité ».

On découvre également dans certains chapitres que les nouvelles technologies permettent certaines recherches « en chaussons » via les moteurs de recherche, l’étude des cookies et des historiques de navigation, et l’utilisation des réseaux sociaux pour approcher au plus près des « cibles ». J’ai d’ailleurs eu l’opportunité grâce à mon client Microsoft de pouvoir suivre un mini atelier animé par l’Université de Troyes dans le cadre du lancement de 2CENTRE (Cybercrime Centres of Excellence Network for Training, Research and Education) qui montrait que ces technologies, et les techniques dites d’ingénierie sociale, peuvent également être utilisées par les pirates informatiques contre les enquêteurs eux mêmes. Mais la réalité terrain que nous décrit Charles Cluzet est plus ardue à la fois physiquement et mentalement. La filature d’une cible, véritable art martial exigeant la maîtrise de tout un arsenal de gadgets électroniques mais surtout concentration, réflexes et nerfs d’acier, peut ainsi prendre de longues heures ou le « privé » devra s’efforcer de tuer le temps, quelles que soient les conditions climatiques et la durée de l’attente.

On ne ressort donc pas indemne nous non plus de la lecture de cet ouvrage qui tord le coup à de nombreux fantasmes sur les « privés » à la Philip Marlowe. Pourtant je continuerai de lire avec délectation la page Faits Divers des quotidiens, de regarder « Faites entrer l’accusé » sur mon canap’ peletonnée dans mon gros plaid, et de dévorer jusqu’à des heures avancées de la nuit de bons romans policiers (si vous ne connaissez pas je vous recommande vivement Philip Kerr et notamment sa Trilogie Berlinoise). Face au crime et à son esthétisation nous pouvons tous parfois hésiter entre horreur et fascination.

Tout cela n’est pas nouveau, comme le rappelle Bernard Oudin, « journaliste, essayiste, historien, vice-président de la Société Sherlock Holmes de France, membre de la Sherlock Holmes Society of London et de la Société des Baker Street Irregulars de New-York » (!) qui rappelle que le fait divers est une invention de la presse du XIXe siècle. « C’est dans les journaux populaires que Balzac, Eugène Sue ou Edgar Poe ont trouvé leurs sujets, de même que les peintres – Géricault, Goya, Picasso – et ensuite les cinéastes! ». Mais cela ne m’empêche pas de faire la part des choses entre fiction et réalité. Difficile parfois tant ces deux notions ont tendance à se brouiller dans le milieu du cybercrime où petites arnaques (nan, Billou Gates n’a pas tiré votre mail au sort pour vous offrir 100 millions de dollars) et autres spams plus nuisibles qu’il n’y parait (100 000 000 000 spams mensuel!) côtoient grand banditisme et réseaux mafieux.

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
Galerie | Cet article, publié dans Littérature, LVDLT, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Le journal d’un privé ou le droit de ne pas savoir

  1. Ping : LVDLT #5 – Tamala et les parties natatoires – La Voix dans la Tête

  2. Ping : LVDLT #5 – Tamala et les parties natatoires – - La Voix dans la TêteLa Voix dans la Tête

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s