Les écrivains sont des journalistes de l’éternel – conseil de lecture estivale : »The imperfectionists »

Vous aurez remarqué l’accent québécois qu’a pris ce blog depuis cet été, c’est donc tout naturellement, et sans calcul aucun (oui c’est troublant) que la citation d’un auteur québécois m’offre la meilleure introduction pour ce nouveau billet : »Les journalistes : ils s’occupent de choses qui passent et disparaissent. Les écrivains sont des journalistes de l’éternel » Jean-François Somain.

De nombreux journalistes ont franchi cette ligne de démarcation entre le récit des faits et le récit romanesque, un des derniers exemples marquants étant celui de Stieg Larsson qui a nourrit sa trilogie Millénium de son expérience journalistique et son étude des mouvements néo-nazis scandinaves. Avec Les imperfectionnistes (The imperfectionists), l’ancien journaliste Tom Rachman s’inscrit donc brillamment dans cette tradition en nous racontant l’histoire totalement fictive d’un journal international basé à Rome. Un journal fictif donc, autant que les destins croisés imaginés de ses fondateurs, rédacteurs et lecteurs, mais des tranches de vie plus vraies que nature pour qui connait de l’intérieur le petit monde des médias. Les rédactions, comme tout microcosme humain, sont en effet peuplées d’êtres étranges et imparfaits. Pour le commun des lecteurs de journaux cette imperfection transparait parfois au détour d’une coquille ou d’un tweet maladroit. Avec Les imperfectionnistes, Rachman donne la parole à chacun de ces personnages que leurs défauts rendent finalement très attachants, au travers de 11 chapitres à lire comme de petites nouvelles dont ils sont chacun les anti-héros: du vieux correspondant à Paris dépassé par l’évolution des media et prêt à tout pour vendre un article, au responsable de la rubrique nécrologie également chargé des mots croisés, au pigiste débutant au Caire confronté à la réalité du terrain avec un grand reporter casse-cou, à la rédactrice en chef femme forte et femme de coeur. Et bien sûr tout cela est furieusement drôle et émouvant à la fois.

Les imperfectionnistes est paru en février 2011 en France, vous pourrez donc facilement vous le procurer, et je vous conseille de le lire avant que le film ne sorte en salle, Brad Pitt ayant acquis les droit du bouquin avec sa société de production Plan B, tout juste 2 mois après sa publication aux USA en Avril 2010. Il est à noter que Brad a du flair, il avait déjà acquis les droits d’un autre excellent et très original roman, Le bizarre incident du chien pendant la nuit (The Curious Incident of the Dog in the Night-Time), un livre de Mark Haddon paru en 2003 et qui adopte le point de vue d’un adolescent autiste qui décide de sortir de son monde intérieur pour tenter de comprendre de mystérieux incidents qui bouleversent son quartier.

Dans les deux cas ce sont la justesse des situations et de l’analyse des interactions humaines qui font de ces livres de petits bijoux. Cette justesse Tom Rachman la doit à son parcours qui l’a amené à barouder dans le monde des médias et à travers le monde tout court. Né à Londres où il habite aujourd’hui, élevé à Vancouver au Canada, il a étudié le cinéma à l’université de Toronto avant de finalement sortir diplômé d’un master en journalisme de l’université de Colombia à NY. En 1998  il occupe le poste d’éditeur au bureau Etranger de l’agence Associated Press à New York, puis travaille en tant que reporter en Inde et au Sri Lanka, avant de revenir à New York. En 2002 il est envoyé à Rome comme correspondant d’AP, ses missions le faisant voyager au Japon, en Corée du Sud, en Turquie et en Egypte. En 2006 il décide de travailler à mi-temps comme éditeur au International Herald Tribune à Paris pour financer l’écriture de son premier roman, ensuite justement salué par le New York Times comme l’un des meilleurs romans de l’année 2010.

Ce qui est particulièrement intéressant dans Les imperfectionnistes c’est que différents niveaux de lectures sont possibles. On peut s’intéresser aussi bien aux destins individuels des personnages qui nous sont présentés dans chacun des chapitres qu’à une histoire plus vaste englobant 50 ans de l’évolution d’un journal et du monde des médias. Je vous recommande à ce propos cette interview de Rachman réalisée par le magazine canadien The Walrus et traduite par le site Culture Café, où au delà de son livre il répond à des questions sur le déclin de l’industrie des quotidiens et ce que nous risquerions de perdre avec la disparition de ces médias.

Si vous souhaitez continuer cette plongée dans le monde merveilleux de la presse par le prisme de la littérature, vous trouverez également ici la sélection de lectures compilées cet été par Tom Rachman lui même pour le quotidien britannique The Guardian.

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
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