Entre Fitch et Fado : les poètes Lisboètes au pied du mur

[NdR : ce billet n’a pas vocation à être une analyse géopolitique pointue de la situation économique actuelle de l’Europe du sud, mais plutôt un billet d’humeur, d’humour et d’amitié pour les poètes muraux Lisboètes.]

De retour d’une escapade à Lisbonne je partage avec vous quelques clichés de graphs pris dans cette ville d’une violente beauté. Immensité du ciel et de la mer, violence des contrastes et douceur des couleurs: le paradoxe Lisboète.

AAAh infamie spéculative!

Bien sûr le patrimoine est présent à tous les coins de rue, d’escaliers, de passages labyrinthiques. Mais la crise est aussi passée par là, comme le rappellent les nombreux taudis aux fenêtres murées. On s’étonne alors de ne pas plus entendre la grogne des Portugais, dont le beau pays a été marqué du sceau de l’infamie spéculative par de froids notateurs étrangers. La colère démonstrative des Grecs masque en effet une colère portugaise qui semble plus pudique et plus ancienne, alimentée par la nostalgie d’un passé de conquêtes et d’aventures. AAAh l’exploration des côtes du Canada et du Groenland en 1495 par Pero de Barcelos et Fernandes Lavrador, l’ouverture de la route des Indes par Vasco de Gama en 1498, la découverte du Brésil par Pedro Alvares Cabral en 1500, sans oublier un inconnu qui ne manque pourtant pas de cachet, Pedro Da Silva, qui fut vers 1705 le premier porteur de courrier de Nouvelle France.

Pauvres français, nous qui pleurons la perte de notre triple A et allons jouer les touristes au sud pour profiter des prix modiques d’un pays BB. Gardons au moins les yeux et les oreilles ouvertes à la lourde plainte portée par un air de fado. On y entend sans doute la douleur d’être traité de « PIGS » puis de Gypsy, ce qui n’est guère mieux, par des journalistes anglo-saxons qui mériteraient qu’on leur fasse goûter la morue salée par tous les orifices. BB, BB-, BB+, bem, « bem bom »! c’est « très bien »! (tube Portugais de l’Eurovision 1982… attention ça pique les yeux). Standard & Poor’s ou Fitch Ratings pensent-ils ainsi toucher au coeur les Lisboètes? Ils ont déjà vu leur ville presque entièrement détruite par un tremblement de terre en 1755 . Au milieu des années 70 des milliers d’entre eux ont du quitter leur pays détruit économiquement par 50 ans de dictature. Bien sûr les portugais savent au fond d’eux qu’ils pourront reconstruire, et que tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà… mais ils ont dans leurs yeux quelque chose qui fait mal, qui fait mal…

Alors, malgré leur âme de poète et la mélancolie douce du fado, les lisboètes savent aussi parfois exprimer leur rage sur les murs de leur ville. Ecoutons ce que ces murs ont à nous raconter :

Fresque révolutionnaire, Travessa dos Fieis de Deus, Lisbonne

Azulejos (carreaux de faïence) révolutionnaires, Lisbonne

En portugais "crise" veut dire "crise"... mais aussi "attaque" http://www.www.majstro.com/dictionnaires/portugais-francais/crise

Fresque, rua da Madalena, Baixa Pombalina, Lisbonne

Graph/pochoir Lisbonne, "Televisao = alienacao"

Le dessinateur Lisboète Kalled, dans un bar du quartier Bairro Alto de Lisbonne

Fresque murale de KALLED MM dans un bar du Bairro Alto, Lisbonne

Fresque murale de KALLED MM dans un bar du Bairro Alto, Lisbonne

(KALLED MM a une page Facebook ici)

Les habitants des maisons abandonnées de Beco das Farinhas, Lisbonne "casa abandonada na cidade apatica : maisons abandonnées dans une ville apathique"

Habitant d'une maison abandonnée de Beco das Farinhas, Lisbonne

Dream amplyfyier, Travessa do Chão da Feira, Lisbonne (Et au point où on en est qui se soucie de l'orthographe... l'important c'est de rêver...)

Quelle réaction attendre à présent du peuple portugais? L’histoire nous le dira, mais ce seront certainement de grandes et belles choses, dans l’esprit du poète national Fernando Pessoa: « Ce que tu fais, fais le suprêmement. »

Bon aller, comme j’ai craqué et refait des Photosynths, les voici :

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
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9 commentaires pour Entre Fitch et Fado : les poètes Lisboètes au pied du mur

  1. Ping : LVDLT #17 - Stupre, Lucre & Pochoirs: les FestivaliersLa Voix dans la Tête

  2. Excellent ! Je reblogue, merci !

  3. Kalled dit :

    Bonjour!
    Thanks for the support!
    This is my flickr, when you can see more about my work.
    I am upgrading at the moment!
    http://www.flickr.com/photos/kalled/

    Merci!

    Kalled.

  4. gilderic dit :

    J’ai aussi été frappé par cette violence des contrastes lors de ma visite à Lisbonne il y a quelque temps maintenant. Bel hommage en photos à cette ville magnifique et à ces artistes de l’ombre…

  5. Henrique dit :

    Merci pour le partage. Jolie perspective écrite et visuelle !😉

  6. Ping : Entre Fitch et Fado : les poètes Lisboètes au pied du mur | BLOG La faille spatio-temporelle de Tamala75 | Scoop.it

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