C’est ainsi que l’on s’élève vers les étoiles… en téléphérique

La vie ça tient à peu de choses, à 30 cm à peu près. C’est en tout cas ce que je me suis dit jeudi dernier quand le télésiège que j’allais emprunter a décidé au dernier moment de faire une petite embardée vers la gauche, juste avant de cueillir mon auguste séant pour m’emmener vers les sommets alpestres. Au moment où j’embrassais fougueusement la flaque de boue situé au delà du petit tapis antidérapant du dit télésiège, je songeais alors aux progrès réalisés par l’humanité pour qu’un jour un être humain lambda puisse se déplacer de montagnes en montagnes avec des bouts de plastique sous les pieds.

Je vous propose donc d’inaugurer sur ce blog une nouvelle catégorie de billets qui feront le point sur les innovations technologiques parvenues dans nos belles montagnes mais aussi dans des zones qui auraient du naturellement être exemptes de fartage. Accrochez-vous à la perche, ça démarre sec avec la fabuleuse histoire du téléphérique :

Téléphérique de l'aiguille du midi

Au commencement était le téléphérique, et le premier téléphérique français était en les Alpes. Et tout cela était bien car il s’agissait alors de relier Chamonix à l’aiguille du midi, pour culminer à 3842 mètres, soit la plus haute ascension au monde pour un téléphérique. L’idée avait germé dès 1902 dans l’imagination d’un ingénieur Suisse, Wilhelm Feldmann, qui conceptualisa alors le bergaufzug, littéralement « l’ascenseur de montagne », et donnera naissance au premier téléphérique sur le Wetterhorn, dans les Alpes suisses le 24 juillet 1908. Une idée en apparence plus facilement réalisable que celle de l’ascenseur spatial inventé en 1895 par le pionnier russe de l’astronautique Constantin Tsiolkovski (auteur de la loi fondamentale du rapport de masse qui mènera à la construction de fusées à plusieurs étages), inspiré par la tour Eiffel achevée en 1889.

Mais les apparences sont trompeuses. En effet, malgré l’ingéniosité du projet, marquée par l’invention du câble-frein qui révolutionnera par la suite la construction de ce type d’ouvrages, de nombreuses difficultés vinrent le contrecarrer : environnement capricieux, malfaçons sur les maconneries des pilones, puis la 1ère guerre mondiale. L’organisation des 8èmes Jeux Olympiques d’Hiver à Chamonix en 1924 relança ensuite le projet dont une demi-section put être inaugurée juste à temps le 28 décembre 1923.

Ski sous le téléphérique. ((c)Tairraz, coll.LB) (années 30)

Il faudra ensuite attendre le 7 août 1927 pour que la 2ème section reliant au glacier à 2404 mètres soit inaugurée en grandes pompes. Ces équipements ouvriront alors l’ère des premières compétitions de ski en France avec les premiers championnats en 1931 et une joyeuse décennie de découverte des joies du ski et du bobsleigh.

Mais alors que les premières entorses du genou et autres luxations du pouce guettaient les intrépides premiers skieurs, la concurrence des téléphériques faisait toujours rage. Le Zugsptize, le plus long téléphérique du monde culminant à 2805 mètres ayant en effet été inauguré par les autrichiens le 5 juillet 1926, un an plus tôt que le deuxième tronçon chamoniard. Restait donc à nos aventuriers des cîmes la tâche de construire le dernier tronçon pour rallier l’aiguille du midi et devenir officiellement le plus haut téléphérique au monde.

C’est alors que la folie des hommes vint à nouveau compliquer le projet, mais pas l’arrêter, bien au contraire même. Après l’installation réussie en 1938 d’une benne de service permettant de monter les matérieux jusqu’au sommet de l’aiguille, l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni contre les forces de l’axe justifiera la conduite des travaux sur ce point culminant idéal pour surveiller les activités de nos voisins de l’italie mussolinienne. Une vingtaine de chasseurs alpins furent ainsi réquisitionnés pour aider les ouvriers sur le chantier à 3600 mètres. La reddition de la France en juin 1940 ne marqua pas non plus l’arrêt du projet mais plutôt son soutien par le gouvernement de Vichy et l’occupant dans le cadre d’un « plan pour promouvoir un rattrapage industriel et technologique de la France » (sic… itur ad astra). La ligne de service fut ensuite inaugurée à l’automne 1941, au prix de nombreuses vies emportées par avalanches et autres chutes mortelles. Afin de construire l’appareil définitif puis un hébergement en altitude, la CFFM (Compagnie Française des funiculaires de Montagne) recruta ensuite des français de confession juive ou encore de nombreux réfractaires pour rejoindre le chantier du col du Midi. A noter que réfractaire fait ici référence aux jeunes adultes français ayant refusé le Service de Travail Obligatoire instauré par le régime de Vichy, et non pas à leur capacité à supporter de fortes chaleurs puisque la température moyenne annuelle à l’aiguille du midi est de -8°35. Le président de la CFFM connaitra en 1942 un accident tragique sur la benne de service dont les conséquences stopperont le chantier jusqu’à l’été 1943.

Les ouvriers sur le téléphérique de service entre le Col du Midi et le laboratoire des Cosmiques. (DR, coll. J-M Malherbe)

En 1942 un autre chantier mené pour le CNRS par Louis Leprince-Ringuet, professeur à Polytechnique, justifie le financement du projet dans la France occupée: la construction du laboratoire des Cosmiques. En effet, à l’époque la haute altitude est l’unique moyen disponible, avant la construction des grands accélérateurs comme celui du CERN à Genève, pour maximiser les chances de capturer les pluies de particules primaires de grande énergie, ou rayons cosmiques, et ainsi étudier le noyau atomique. On peut se réjouir que le projet ne fut inauguré que le 31 août 1946, une fois la France libérée du joug nazi.

Le téléphérique du col du Midi vu par Roger Soubie,
en couverture de Science et Vie d’avril 1944 (Roger Soubie, coll.LB)

Après une reconstruction quasi complète dans l’immédiate après guerre, ce n’est finalement qu’en 1955 que fut inauguré le téléphérique « du glacier » tel que nous le connaissons aujourd’hui. Mais l’aiguille du midi n’en avait pas encore fini avec les records puisque le 21 juillet 2007 y a aussi été inaugurée la station météorologique la plus haute d’Europe, à 3845 soit 3 mètres au dessus de l’aiguille elle même.

Cette aventure technologique et humaine aura donc été marquée par de nombreuses difficultés mais aussi par la motivation de visionnaires qui pour certains y laissèrent la vie. Pensez-y si un jour vous avez la chance de monter au sommet de l’aiguille du midi (un beau reportage vidéo ici).  Pour en savoir plus sur l’histoire de ce téléphérique et découvrir de nombreuses photos d’époque (dont celles de ce billet), je vous recommande la lecture d’un fabuleux reportage sur le site remontees-mecaniques.net.

La suite au prochain tire-fesse.

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
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5 commentaires pour C’est ainsi que l’on s’élève vers les étoiles… en téléphérique

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  2. tututpasdenom dit :

    « La vie ça tient à peu de choses, à 30 cm à peu près », celui qui t’as dit ça est un prétentieux.🙂

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  4. Bertrand Beuf dit :

    Pour tout savoir de l’ancien téléphérique, rendez vous sur http://www.aiguilledumidi.net/

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