#Museomix, un hackathon culturel pour s’amuser au musée

L’affiche de Museomix 2013

La 3 ème édition de Museomix, hackathon culturel pour muséophiles, était organisée ce week-end pour la première fois simultanément dans 6 villes dans 3 pays, quatre musées français (le Musée des arts décoratifs de Paris, le Château des ducs de Bretagne et le Musée d’histoire de Nantes, le Musée dauphinois de Grenoble et le Louvre-Lens), un musée anglais (le Ironbridge Gorge Museums, à Shropshire), et le Musée de la civilisation de la ville de Québec au Canada.

La dernière étape de ce processus créatif accéléré (c’est fou de voir ce qui peut être créé en 3 jours!) dépend des visiteurs et de leurs réactions face aux installations. Avant de vous donner plus de détails, je vous invite donc, si vous êtes près d’un des lieux participants, à venir découvrir dès demain les prototypes qui resteront installés jusqu’au week-end prochain (attention, renseignez-vous à l’avance car chaque musée a probablement son propre programme d’ouverture).

Pour comprendre en vidéo le concept Museomix : 

A présent, rentrons un peu plus dans le vif du sujet et dans ce rapport entre les oeuvres et les visiteurs. L’humain est bien au coeur de Museomix ou « s’amuser au mix » comme l’a présenté dimanche soir à la fin du hackathon l’artiste Pierre Giner qui aura passé le week-end en immersion avec les participants pour son projet « PG résident ». les visiteurs sont au cœur de ce dispositif, l’idée étant de leur permettre de découvrir autrement des œuvres ou tout simplement de s’arrêter quelques instants pour un dialogue avec une œuvre qu’ils auraient pu zapper en traversant trop rapidement une salle. Que celui ou celle qui n’a jamais traversé en trombe une salle de musée sans lire aucun cartouche me jette la première pierre (je vous rassure aucun objet n’a été dégradé pendant ce Museomix, même si l’un des projets consistait à attiser en soufflant le feu des Tuileries pendant la commune de 1871, heureusement seulement en projection vidéo).

A ce stade il est important de rappeler qu’un hackathon est, comme l’a fort justement fait remarquer l’une des organisatrices, un « moment bingo, d’effervescence et dur à comprendre quand on ne le vit pas« . N’oubliez donc pas que toutes les propositions que vous pourrez découvrir sur le site Museomix.org sont des prototypes, réalisés en moins de 3 jours, et dont le premier mérite est d’essayer d’apporter une idée nouvelle et un autre regard. J’ai retenu beaucoup de belles idées parmi les dispositifs que j’ai pu tester dimanche soir à Paris aux Arts décoratifs, dans le chaos d’une fin de hackathon, entre les cris et les flammes, dans les effluves de plastique fondu des imprimantes 3D et le fumet de bois brûlé des découpeuses lasers.

Museomix 2013, détail du projet Palabrama

Parmi mes coups de coeur, beaucoup d’idées malignes, d’inventivité, de mise en œuvres technologiques, comme la visite en jeu de piste « enquête de design » avec son appli pour smartphone, le projet Palabrama (« Palabrer » avec « le panorama ») qui avec beaucoup d’humour fait dialoguer les personnages d’une fresque racontant l’histoire du croisé Arnaud. D’autres installations plus « low-tech » en apparence sont tout aussi réjouissantes par leur efficacité comme le marquage au sol du projet Oh my dog qui propose un parcours thématique sous le prisme canin.

Les différents projets exploitent ainsi à merveille différents thèmes comme :

  • les 5 sens : l’ouïe, la vue, comme le projet Archi+ à Paris qui immerge le visiteur dans l’époque des années 30 par la radio et la vidéo,
  • la poésie : comme le projet iCube notamment,
  • le jeu : différents serious game entre la drague… de la loire à Nantes et les sous-vêtements à Lens avec les dessous menteurs… on sent comme une cohérence entre ces deux projets…,
  • le secret que les museomixeurs aident à lever quand ils font se coucher les visiteurs d’un musée pour leur faire découvrir le plafond d’une chapelle à Grenoble ou éclairer une salle obscure à Nantes, ou encore à Paris suivre le bruit d’un doigt en céramique tappant contre une vitrine de verre pour découvrir le projet Verre le rêve),
  • l’interdit et le détournement : au Québec une réflexion sur la censure en 2013 avec l’accès à l’enfer la section des livres interdits de la bibliothèque, à Paris le détournement de l’artiste Pierre Giner qui s’amuseomix,
  • le visible et l’invisible : avec le projet du coffre nomade qui révèle son contenu aux visiteurs qui l’écoutent,
  • le dialogue entre les oeuvres : comme le projet Pimp my room qui permet de redécorer la salle Louis Majorelle Art Nouveau du musée des arts décoratifs,
  • le conte et la narration : comme le projet Palabrama mais aussi le projet Blablamix à Lens qui permet de faire parler l’orateur Marc Aurèle.

Photo faite avec l’application du jeu « Enquête de design »

A noter bien sûr aussi quelques idées flamboyantes dans leur réalisation, comme le feu des Tuileries que j’évoquais à l’instant, flamboyantes mais aussi peut être énervantes pour le visiteur adepte du « clue train manifesto » (le manifeste des évidences, un traité en 95 points sur l’impact d’internet dans les relations entre les consommateurs et les marques, publié en 2000, toujours pertinent car frappé au sceau du bon sens. Une lecture indispensable pour tout marketeux qui pourrait oublier de traiter ses « cibles » en « humains » mais aussi pour tout muséographe qui pourrait oublier de penser aux visiteurs avant de se lancer dans son installation).  Si vous avez le malheur de tomber sur un visiteur « connecté », « partageur » mais blasé des installations vidéos, ou si ce jour-là votre installation est en panne (j’ai le don pour tomber sur les installations en panne dans les musées, bloquées sur une mise à jour Windows ou tout simplement éteintes parce que c’est la nocturne et que quelqu’un a décidé d’éteindre le machin à 18h), ce visiteur donc ne pourra alors s’empêcher d’hurler dans le musée « mais qu’est-ce qu’on en a à faire que ce machin clignote et qu’il faille souffler dans un bidule? Par pitié aidez-moi simplement à mieux comprendre cette oeuvre, son contexte, et en quoi elle peut avoir une résonnance avec notre époque et nos vies. » Et hurler dans un musée c’est pas bien, car le risque de se faire plaquer au sol par un vigile n’est pas négligeable. C’est pour cela que les visiteurs le font peu et c’est peut être pour cela que le monde de l’art conceptuel stratosphérique a encore de beaux jours devant lui. Mais heureusement la majorité des projets présentés à Museomix avaient bien en tête la médiation avec le public, le partage sur les réseaux sociaux et d’autres visiteurs ont adoré souffler dans une turbine pour attiser ou stopper le feu des Tuileries. Allez donc vous faire vous-même votre opinion et revenez me dire dans les commentaires si cette installation vous aura touchés ou se sera pris un vent avec vous (huhuhu :)).

Longue vie donc à Museomix et à toute initiative, fût-elle lowtech ou hightech pour aider au dialogue entre le patrimoine et les visiteurs. Un voeu pieux avant de partir : que les participants à ce type de manifestation n’hésitent pas à regarder ce qui se passe ailleurs, Museomix étant désormais international, et notamment au Québec, pays qui me bluffe toujours par son pragmatisme, son ouverture d’esprit, et sa volonté d’ouvrir la culture au plus grand nombre.

Kent Monkman, Les castors du roi

Je vous cite un exemple québécois assez frappant : la présence d’une toile satirique d’un peintre contemporain d’origine Indienne (Cree), Kent Monkman (je vous parlais de lui dans ce billet de juillet 2011, suite à l’exposition My Winnipeg, à la Maison Rouge, à Paris) accrochée à l’entrée d’une des salles du musée des Beaux Arts de Montréal, salle consacrée aux peintures historiques du 18ème siècle. Plus étonnant encore que la présence de la toile dans cette salle, le fait que le gardien soit capable de vous expliquer la signification symbolique de chaque personnage et objet de la toile. Thème de cette toile appelée « les castors du roi » : l’enlèvement des castors, traités à la façon de l’enlèvement des sabines, avec force ferveur et passion. Attention chaque détail est savoureux (le castor en prière, le barrage de castors traité façon HLM, le sac contenant les gonades de castor, « or brun » de la traite des peaux, et allusion subtile à la sexualité de l’artiste). Cette toile mériterait une narration comme celle proposée à Museomix par l’équipe Palabrama, j’espère donc que quelqu’un du musée des Beaux Arts de Montréal passera par là et aura envie de participer à Museomix 4 l’année prochaine.

Pour la petite histoire, lors de la cérémonie de dévoilement des projets dimanche soir au Musée des Arts décoratifs, étaient annoncés les noms de projets des autres villes. On comprendra le rire des français en entendants le nom d’un projet québécois appelé « tire-toi une bûche« . Car oui les québécois ont des expressions amusantes, donc il est normal qu’elles nous fassent rire mais elle n’en sont pas moins parfaitement adaptées pour un projet de médiation culturelle puisque cette expression veut dire « prends-toi une chaise / assieds-toi ». En l’occurrence il s’agit d’un projet sonore, tactile et olfactif qui consiste à s’installer dans des chaises emblématiques de l’histoire du Québec, donc une petite explication de texte n’aurait pas nui pour contribuer à éclairer les ténèbres perdues dans la traduction. Et après tout, éclairer les ténèbres de l’histoire et du temps c’est aussi un peu la mission d’un musée et de Museomix.

At the entrance of the Iron Museum sits a large cast iron whaling pot…

Pour conclure, je laisse la parole à un chaudron qui a retrouvé la parole ce week-end lors de Museomix, celui du musée du fer, le « Coalbrookdale museum of Iron » a Shropshire, car c’est bien connu, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures histoires…

et la voix du narrateur est tout simplement magique.

[Pour ceux qui veulent découvrir un peu plus les coulisses de Museomix, vous trouverez plusieurs photo dans ce Storify où j’ai collecté mes tweets du weekend]

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
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