Le mystère Stephen King ou qui a tué la maman de Bambi ?

2013-11-16 22.14.04

Stephen King, l’écrivain américain responsable de mes premières nuits blanches de pré-adolescente, le bras ankylosé sur l’oreiller pour finir avant l’aube une Carrie ou un Minuit 2, vient de conclure à Paris un impressionnant marathon média, orchestré par sa maison d’édition française, Albin-Michel.

C’était étonnamment le premier passage en France de l’auteur, vénéré au delà des frontières depuis son premier roman publié en 1974, suivi en 1975 de Salem, l’année du retour de Stephen King dans le Maine (après un passage dans le Colorado qui lui inspirera plus tard Shining) et l’année de ma naissance.

Coïncidence, je ne crois pas…

En apparence tout a été dit sur l’auteur et son dernier opus « Docteur sleep » la suite de Shining 36 ans après. A l’issue de ses passages sur Europe1, France Inter, le Mouv’ (avec une playlist rock et punk d’anthologie!), dans la Grande librairie sur France 5 et samedi 16 novembre au Grand Rex pour rencontrer 1000 fans, dont l’auteur de Bande-Dessinée Joann Sfar et moi (merci à mon amie Salima pour les places!) la trame de son oeuvre semble limpide. La Tour Sombre, son oeuvre portail vers l’ensemble de ses autres romans, semble ouverte à tous les vents, toutes les clés étant désormais entre nos mains pour l’explorer avec la sortie en 2012 du tome 4 1/2 sur 8 appelé « la clé des vents« . Pourtant de nombreuses questions demeurent, car plus l’auteur se dévoile et nous apparait comme un monsieur charmant, drôle et normal, plus cette normalité parait étrange.

Docteur Sleep - Stephen King - Grand Rex illuminé Docteur Sleep - Stephen King stephen king reads grand rex

(Red is Dead… Pardon, je sors… :))

Mystère #1 : Quand Stephen King nous raconte que le premier film qu’il a vu étant enfant l’a terrorisé et qu’il s’agit de Bambi, on comprend alors que pour lui les monstres ce sont nous, les hommes. En effet la scène qui provoqua les premières terreurs nocturnes de l’auteur est celle où Bambi entendant des coups de feu interroge sa maman qui lui répond « l’homme est dans la forêt et le danger est partout« . La biche, maman de Bambi sera tuée par ces mêmes chasseurs peu de temps après. Mais le vrai mystère demeure : qui a tué la maman de Bambi ? Le mal est il anonyme ou a t’il un visage ? Mr. Walt Disney, grand maître de l’horreur pour Stephen King, capable de faire pleurer des générations de gamins (Rox & Rouky, deux bons copains, snif…), le sait-il lui même ?

Stephen King jeune

Mystère #2 : Stephen King se révèle être un grand buveur de thé, un élément qui semble important dans sa routine d’écriture qu’il a pu raconter au Grand Rex à ses fans français, émus par tant de simplicité: se lever, faire le petit déjeuner de sa femme (roooh ♥), se retirer dans sa cabane au fond des bois à un terrain de football (US) de sa maison, sa cabane appelée Woodland (certainement l’influence de Bambi encore…), allumer ordinateur, imprimante, radio (c’est un grand fan de musique, notamment AC/DC), bouilloire, préparer le thé, relire la dernière page du manuscrit écrit la veille, démarrer un peu à froid comme un avion au roulage sur la piste avant le décollage, boire le thé et écrire, écrire, écrire jusqu’à ce que le moteur chauffe et que l’avion décolle. Ce serait donc cela le secret de la technique d’écriture de Stephen King ? Technique et style sont chez lui mélangés, l’efficacité devant le style, style qui doit servir l’histoire et non pas l’inverse comme il l’a rappelé au Grand Rex. Pour le lecteur, le tournage de page devient alors une nécessité, parfois la boule au ventre dans l’anticipation de la scène suivante (quand je vois une tondeuse à gazon ou une hache je pense à Misery, c’est imprimé à jamais). On appelle ce style le « page turner »… pas toujours subtile mais on s’en fiche car c’est terriblement efficace et souvent poétique pas sa simplicité. Stephen King semble donc tout nous dévoiler sur sa technique, et a même offert au public une autobiographie doublée d’un guide d’écriture basé sur son expérience, appelée « On writing : a memoir of the craft » (2000). Sa technique repose en grande partie sur une routine et une discipline exercée depuis bientôt 40 ans (2000 mots par jour à ses débuts, 1000 mots par jour aujourd’hui), et sur un noyau familial fort puisque King parle souvent de l’importance du couple qu’il forme avec sa femme Tabitha depuis leur mariage en 1971. Les plus sériephiles d’entre vous auront remarqué que la femme de Stephen King porte le même prénom que la petite fille dans Ma sorcière bien aimée (Bewitched). Coïncidence? Je crois bien oui.🙂 Très bien, mais un énorme mystère demeure : sachet mousseline ou boule à thé ? Et surtout quel thé Monsieur King! Quel thé!!! En tout cas pas celui du Tea Party contre lequel il s’est exprimé en 2011 (Tea pour « Taxed enough already » et allusion au Boston Tea Party de 1773) mais je penche pour un thé vert car c’est antioxydant et cela expliquerait la grande forme de Stephen King, frais comme un jeune homme à 66 ans passés.

Mystère #3 : Nous sommes nombreux à être fans de Stephen King, mais lui est-il également fan? La réponse est oui. King est fan de nombreux auteur comme Richard Matheson, Ray Bradbury (cf. mon billet de juin 2012 sur le décès de Bradbury), HP Lovecraft (ces deux derniers aussi responsables de nombreuses lecture nocturnes de mon enfance), Emile Zola (ce qui fait regretter à l’auteur de Ca/It, dont il prononça le titre en français au Grand Rex, de ne pas pouvoir le lire en Français dans le texte). Notre camarade Stephen est aussi un grand fan de musiciens dont AC/DC, The Ramones, et a même monté un groupe avec d’autres auteurs appelé les Rock Bottom Remainders. Il est également un vrai fan de cinéma et de télévision, deux media qui ont adapté nombre de ses romans, pas toujours avec bonheur mais il n’était le plus souvent pas impliqué dans les adaptations (d’ailleurs il n’en peut plus des multiples adaptations de Children of the Corn, ou alors avec Chucky ou Freddy Krueger ça le ferait rire nous a t’il dit au Grand Rex!). Ses shows télé du moment : Sons of anarchy et Breaking Bad, sans oublier Game of Thrones bien sûr, et American Horror Story dans lequel joue actuellement l’actrice Kathy Bates, sa Annie Wilkes de Misery. Ses réalisateurs fétiches : Henri-Georges Clouzot (une scène de Shining lui a été inspirée inconsciemment par une scène des Diaboliques), Sergio Leone (qui aurait été le réalisateur idéal pour adapter l’univers western fantastique de La Tour Sombre), Frank Darabont (qui a adapté The mist, la ligne verte, Les évadés), Rob Reiner (qui a adapté Stand by me). Bien sûr Kubrick avait réalisé un chef d’oeuvre pour The Shining, mais sa vision était en fait très éloignée de celle de King : « Stanley Kubrick avait une vision glaciale, la mienne était brûlante ! » a tenu à préciser Stephen King lors de sa conférence de presse à Paris le 14 novembre dernier. Pour les autres nombreux réalisateurs de cinéma et de télévisions qui ont pu massacrer son oeuvre Stephen King avait un peu mâché ses mots sur les ondes de Le Mouv’, rappelant qu’il n’avait souvent aucune implication sur ces projets, mais précisant tout de même que pour la série Under the dôme, il réaliserait le premier épisode de la 2ème saison pour remuscler un peu le récit. Sans doute une façon subtile de reconnaitre que la série a du mal à tenir la distance, le roman se déroulant sur une semaine alors que la série traine en longueur sur des mois, au mépris de la cohérence, et en s’appuyant sur des dialogues indigents et des personnages peu crédibles aux motivations plus qu’obscures même pour les acteurs qui semblent s’y donner à 15%. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti en regardant les premiers épisodes pour abandonner assez vite devant tant de vide et autant de placements produits Microsoft. On aura jamais vu autant de Windows Phones et de tablettes Surface dans une petite ville du Maine! Au Grand Rex Stephen King était un peu plus loquace sur ses relations avec les réalisateurs de cinéma et de télévision, des relations qu’il définit avec humour comme « non sexuelles » bien qu’il ait souvent eu « l’impression de se faire baiser »! (« my relations (with them) are non sexual, although I often felt fucked!« )

Stephen King est donc un grand dévoreur de romans, de films, de musiques et un auteur multifacettes qui s’est aussi lancé dans des collaborations avec d’autres auteurs et des musiciens, mais le vrai mystère est : où trouve t’il le temps de faire tout cela ? La réponse est dans sa méthode : « If you don’t have time to read, you don’t have the ability to write », ou « si vous ne trouvez pas le temps de lire vous n’aurez pas la capacité à écrire ».

stephen_king_the_langoliers

Une leçon de discipline et de curiosité, la curiosité pure de l’enfant comme l’appelle Stephen King, leçon que j’aimerais pouvoir appliquer un jour. Si vous aussi vous rêvez de pouvoir produire de la littérature, en faisant décoller chaque matin le petit avion de votre imagination comme le fait Stephen King, voici un outil à tester : Draftquest, un logiciel d’aide à l’écriture créative, créé par David Meulemans, de la maison d’édition indépendante Aux Forges de Vulcain, et doublé depuis octobre 2013 d’un MOOC (Massive Open Online Couse, un cours en ligne ouvert à grande échelle).

Maintenant que vous avez fini ce long billet de blog, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bon vol! (attention aux langoliers en sortie de piste :))

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
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2 commentaires pour Le mystère Stephen King ou qui a tué la maman de Bambi ?

  1. Ping : 1h30 en compagnie du King | Le Rat de Librairie

  2. Ping : Maintenant que vous avez un Kindle, continuez d’aimer les livres | La faille spatio-temporelle de Tamala75

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