Et si Kung Fury sauvait Hollywood ? Bienvenue dans l’ère du fusion cinéma

Kung Fury

Si vous vous êtes connecté à internet depuis le 28 mai 2015, il ne vous aura pas échappé que Kung Fury, une créature cinématographique mutante revenue des années 80 par un hack du continuum espace temps, vient d’asséner une sévère balayette au dinosaure Hollywood, fournisseur de divertissement depuis 1907.

Kung Fury est un court métrage suédois, réalisé et incarné à l’écran par David Sandberg, un spécialiste des effets numériques CGI. Ce projet est disponible en visionnage gratuit sur Youtube depuis le 28 mai et en 3 jours Kung Fury a atteint plus de 11 millions de vues. C’est à date la fusion la plus réussie entre l’univers du jeu vidéo « retro gaming » et celui du cinéma d’action américain des années 80, avec en prime une bande son de ouf à base de synthétiseurs, du Kung Fu, Hitler, des vikings et des dinosaures. Oui c’est dingue, mais c’est fait avec un vrai amour du cinéma « de genre » et une maîtrise technique ébouriffante. Le projet a été financé en 2 jours par une souscription publique lancée sur Kickstarter le 26 décembre 2013. L’équipe de David Sandberg avait besoin de 100 000 dollars pour réaliser un court métrage de 30 minutes, à date ils en ont récolté 630 000 et si la jauge de financement atteint le million de dollars le projet aboutira sur un long métrage ! Le film ayant été présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes (un petit coucou de l’équipe ici), plus rien n’est impossible pour Kung Fury, qui est en plus soutenu par David Hasselhoff himself, icône des années 80, maître de l’autodérision et interprète de la chanson du générique de fin, True Survivor.

On peut trouver plusieurs niveaux d’analyse à cette participation de David Hasselhoff, une icône 80’s en apparence un peu passée de date à un projet comme Kung Fury, qui maîtrise tous les codes de son époque. Mais Hasselhoff, encore très populaire en Allemagne et dans les pays nordiques, est actuellement animateur d’un talk show en Finlande! Et c’est finalement plus Kung Fury qui fait buzzer le Hoff que l’inverse (Sandberg et son équipe sont de vrais fans émus aux larmes en le rencontrant), mais c’est aussi plus le Hoff qui est un « vrai survivant ». Cette multiplicité des niveaux d’interprétation, du bon goût et du mauvais goût assumé, est aussi je pense une des clés de la création actuelle, et particulièrement de la création cinématographique. On peut appeler cela du « fusion cinéma », qui mixe les genres comme la « fusion food » mixe les saveurs. Mais le film n’en est pas pour autant un faux nanar, comme l’a analysé avec les pieds Libération, passé totalement à côté du phénomène et de son époque. Un nanar est, comme le défini avec talent Nanarland, un « mauvais film sympathique ». Kung Fury utilise effectivement les codes du nanar mais c’est pour créer autre chose, pour hacker les codes du cinéma et rebooter la réalité en passant en 3 ans d’une idée folle dans la tête d’un jeune suédois à un projet soutenu par 18 000 individus, projeté au Festival de Cannes et streamé 11 millions de fois sur Youtube. 

Enfin, au delà des 30 minutes de pure divertissement que Kung Fury nous offre gratuitement sur Youtube, c’est le système Hollywoodien que Kung Fury pourrait bientôt hacker. D’après le magazine américain Variety, David Sandberg a en effet déjà rencontré les producteurs David Katzenberg et Seth Grahame-Smith de KatzSmith Productions, qui partagent eux aussi l’obsession des années 80 et sont en préparation des remakes de « It » et de « Beetlejuice » (« Beetlejuice 2 » devrait en fait être un « spin off »).

Hollywood n’en est pas à son premier reboot et David Sandberg ne ferait que suivre de prestigieux aînés européens attirés eux aussi à Hollywood, comme Miloš Forman, Roman Polanski, ou encore Paul Verhoeven. Le filon des années 80 n’est pas non plus nouveau pour les grands studios qui nous ont déjà pondu de nombreux remakes, plus ou moins second degré, des séries et films de cette époque. On peut citer en vrac Starsky & Hutch, Conan, Fame, Karaté Kid, Deux flics à Miami, et la sortie prochaine d’un infâme remake en film du dessin animé Jem et les hologrammes, un massacre orchestré par Universal Pictures qui provoque la colère sur les réseaux sociaux. Alors espérons que David Sandberg ne se fera pas broyer par la machine hollywoodienne et que sa base de fans continuera de lui donner la liberté de concrétiser ses idées les plus déjantées. Action !

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
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