#Draftquest, l’aventure de l’écriture : 5 questions à peu près, avec David Meulemans

L'Endurance, le vaisseau de l'expédition de Shackelton, prise dans les glaces de la mer de Weddell. Photo de Frank Hurley 1914-1917. Droits : Royal Geographical Society/Institute of British Geographers http://www.thisiscolossal.com/2015/12/newly-restored-endurance-photos/

L’Endurance, le vaisseau de l’expédition de Shackelton, prise dans les glaces de la mer de Weddell. Photo Frank Hurley 1914-1917. Droits : Royal Geographical Society/Institute of British Geographers.

En janvier 1914, l’explorateur irlandais Ernest Shackleton aurait fait paraître dans un journal de Londres cette mystérieuse petite annonce, pour recruter l’équipe qui réussirait avec lui la traversée de l’Antarctique à pied en passant par le pôle Sud (une expédition bien réelle, mais une histoire sans doute un peu romancée) :

«Recherche hommes pour voyage hasardeux. Maigre salaire. Longs mois d’obscurité totale. Retour incertain. Honneur et reconnaissance garantis en cas de succès.»

En juin 2012, l’éditeur indépendant David Meulemans, fondateur de la maison d’édition Aux Forges de Vulcain, racontait cette même histoire devant le public de l’événement Carrefour des Possibles, comme une invitation à le rejoindre dans une aventure singulière : l’écriture d’un roman. Comme pour les 5000 marins qui répondirent à l’annonce de Shackelton, ces mots trouvèrent aussi en moi en écho particulier. Draftquest, le projet de David Meulemans, associe en effet son approche de docteur en philosophie, et d’éditeur, amoureux des mots et des idées, à une solution pragmatique sous forme d’application pour aider à écrire ceux qui le souhaitent. Je suis depuis ce jour fan de David et lectrice assidue du catalogue des Forges de Vulcain, dont « chacun des romans est un échantillon d’un idéal« . Cet idéal David l’a décrit dans le « Manifeste de la fiction« , et vous comprendrez en le lisant qu’on peut citer les grands auteurs classiques tout en aimant la littérature de genre, et l’humour pompier. Extrait du manifeste :

Tu refuseras les catégories éditoriales. La littérature générale manque d’imagination. La littérature de genre manque d’ambition littéraire. Il faut de la littérature générale avec de l’imagination, de la littérature de genre avec de l’ambition.

David a accepté de se plier, tel le roseau, à l’exercice de l’interview « 5 questions à peu près« . Il y parle de l’application Draftquest, de ses ateliers d’écriture « IRL », et de son MOOC Draftquest gratuit (MOOC pour massive open online course, ou formation en ligne ouverte à tous, avec de chatoyantes vidéos) dont la 4 ème saison ouvrira en janvier 2016… juste à temps pour vous aider à enfin tenir cette ambitieuse résolution du nouvel an : écrire votre premier roman.

Davis Meulemans, fondateur d'Aux forges de Vulcain, et créateur de Draftquest.

Davis Meulemans, fondateur de Aux forges de Vulcain, et créateur de Draftquest.

Question #1 : Pourquoi ? (une question volontairement très ouverte…)

Je crois qu’initialement, il y a une insatisfaction de lecteur. Quand on aime lire, qu’on a eu les yeux et l’esprit comme brûlés par la lumière de très grandes lectures, on peut développer une insatisfaction à l’égard de l’offre éditoriale. On peut aussi se mettre à rêver de livres qui n’existent pas encore, qui incarnent des idéaux : des romans qui sont, à la fois, une grande histoire, une voix et un propos. Chez moi, cette insatisfaction a pris une forme radicale car j’ai tendance à penser au possible, à ce qui pourrait être, avant de penser à ce qui est. J’ai donc d’abord créé une maison d’édition, les Forges de Vulcain, en 2010, pour faire émerger les textes et les auteurs qui me semblent porteurs de cet idéal. Puis, en 2013, je me suis lancé dans l’aventure DraftQuest, qui est une plateforme en ligne qui a pour mission de faire écrire davantage de personnes. Ces deux projets sont différentes, mais comme articulés l’un à l’autre.

Pour être honnête, les Forges sont plus réalistes que DraftQuest – les Forges, c’est une maison d’édition qui publie de bons romans, assez originaux, mais, en un sens, elle accepte les règles de l’édition, ce n’est pas une aventure radicalement innovante. DraftQuest, par contre, c’est une innovation de rupture – cela va contre beaucoup de préjugés sur l’écriture. Là où éditeurs, libraires, journalistes, disent que les gens écrivent trop, DraftQuest dit qu’ils n’écrivent pas assez, qu’ils devraient écrire plus, que tout le monde devrait écrire, chaque jour. Là où certains soutiennent que l’écriture implique un don, ou du génie, DraftQuest dit : l’écriture implique du travail, de la réflexion, de l’écriture et de l’exercice. Là où certains soutiennent que l’écriture est solitaire et grave, DraftQuest soutient qu’elle est collective, et qu’elle est un jeu. Toutes ces idées originales s’incarnent dans un double dispositif : une petite application gratuite, qui apprend à écrire au quotidien – et un MOOC, un atelier d’écriture virtuel, qui donne des pistes, et rassemble une communauté de quelques milliers d’écrivains amateurs.

Note de Tamala : les précédentes éditions du MOOC et de différents ateliers Draftquest ont permis à des auteurs de finaliser leurs manuscrits. Certains ont depuis publié leur premier roman, comme Azel Bury – « la femme qui tua Stephen King »Marilyse Trécourt –  « Au-delà des apparences », Cathy Jurado-Lecina – « Nous sommes tous innocents »Louise Caron – « Chronique des jours de cendre » , et Stéphane Arnier – « Mémoires du grand automne ».


Question #2 : Quel livre a eu un impact déterminant sur qui tu es aujourd’hui ?

Les Dépossédés (titre original : The Dispossessed) est un roman de Ursula K. Le Guin publié en 1974. Il fait partie d'un cycle intitulé le Cycle de l'Ekumen. Qualifié par son auteure d'« utopie ambiguë », ce roman décrit la vie des habitants d'Anarres, un monde fondé sur les principes du communisme libertaire et ceux de son pendant capitaliste sur Urras à travers l'histoire d'un physicien, Shevek. L'idéologie politique anarchiste qui sous-tend l'œuvre a été inspirée par les écrits de Kropotkine, Murray Bookchin et Paul Goodman.

Difficile à dire. Si je m’interroge sur mon existence de lecteur, je pense qu’il y a trois époques :

Difficile de démêler le plus décisif. A la rigueur, je dirais que les Dépossédés de Le Guin est sans doute le livre qui traverse ses trois époques. Je l’ai lu à seize ans, mais il était à la fois l’écho de lectures enfantines, mais aussi l’ouverture sur quelque chose de neuf, qui me travaille encore aujourd’hui : montrer que le monde peut être très différent de ce qu’il est.

Note de Tamala : M. et Mme Wikipédia nous racontent que « Les Dépossédés » (titre original américain : The Dispossessed) est un roman de Ursula K. Le Guin publié en 1974. Il fait partie d’un cycle intitulé le Cycle de l’Ekumen. Qualifié par son auteure d’« utopie ambiguë », ce roman décrit la vie des habitants d’Anarres, un monde fondé sur les principes du communisme libertaire et ceux de son pendant capitaliste sur Urras à travers l’histoire d’un physicien, Shevek. L’idéologie politique anarchiste qui sous-tend l’œuvre a été inspirée par les écrits de Kropotkine, Murray Bookchin et Paul Goodman. Les Dépossédés a remporté les prix Hugo en 1975, Nebula en 1974, et Locus en 1975.


Question #3 : Je connais pas mal de monde (dont moi) qui rêve d’écrire un jour un roman. Docteur, est-ce grave ? Sommes-nous tous fous ?

Non, bien au contraire, refuser d’aspirer à la création – c’est cela qui est fou. Il faut un très fort conditionnement pour abandonner tout besoin de créer. Et nous avons organisé une vie collective et un système éducatif qui font de la créativité, non plus une norme, mais une exception. Pourtant, la création est un besoin fondamental. Un besoin métaphysique. Nous nous demandons tous, consciemment ou inconsciemment, si nous sommes nécessaires dans ce monde. Parfois, nous avons été tellement aimés par nos parents que nous sommes certains de notre nécessité. Mais, le plus souvent, quelle qu’ait été l’attitude de nos parents, nous ne trouverons pas ce sentiment de nécessité dans nos origines. Alors, nous le rechercherons dans les effets que nous pouvons avoir sur le monde. Et la créativité, c’est le libre déploiement de notre liberté.

Ecrire incarne au mieux cette liberté, car en racontant, en faisant de la fiction, nous transformons en connaissances nos émotions, nous donnons du sens, de la nécessité à un réel désordonné. Exprimer et ordonner, ce sont nos besoins fondamentaux. (silence) Bon, je précise que, il y a quelques heures, j’ai vu la première saison de The Leftovers, une excellente série, mais prompte à arracher des larmes. Je suppose que, si je venais de voir l’intégrale de How I Met your Mother, j’aurais formulé les choses différemment. (rires)


Question #4 : Usbek & Rica et l’Andra organisaient récemment un débat sur « comment s’adresser aux générations futures« , où il a notamment été dit que « Ce qui se transmet le mieux à travers l’histoire, ce sont les histoires« . Qu’en penses-tu et que voudrais tu dire aux générations futures ?

Le besoin d’histoire, c’est le besoin d’arracher des morceaux du réel au désordre, de leur donner un sens, une signification. Mais c’est aussi, en retour, la possibilité de mieux nous armer pour agir, en retour, sur le monde. Par exemple, je pense chaque jour aux leçons que j’ai apprises en lisant l’histoire d’Ulysse. Ceux qui viendront après nous, même s’ils sont très différents de nous, auront toujours besoin d’histoires, à la fois pour comprendre et pour agir. Notre bêtise et notre inaction viennent souvent de notre perte de créativité, de notre abandon volontaire du merveilleux esprit de l’enfance. Donc, à toute personne qui veut grandir, je suggère de garder cela à l’esprit, que l’adulte n’est pas la disparition de l’enfance, mais une enfance volontaire, consciente. (silence) Dis donc, The Leftovers, cela rend philosophe. (rires)

Note de Tamala : David, en cherchant une image sympa à poster en écho à ta réponse j’ai trouvé quelqu’un qui fait de la philosophie et des jeux de mots sur mouchoirs en papier. Alors c’est cadeau, c’est bonheur : formule140.tumblr.com.

formule140.tumblr.com


Question #5 : Quelle question voudrais-tu que l’on te pose ?

Si j’aime les pina coladas, et me prendre de la pluie sur la tête. (rires)

Note de Tamala : Rupert Holmes sors de ce corps !🙂 … ah c’est malin, j’ai envie de réécouter la Pina Colada Song !

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
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Un commentaire pour #Draftquest, l’aventure de l’écriture : 5 questions à peu près, avec David Meulemans

  1. « Là où certains soutiennent que l’écriture implique un don, ou du génie, DraftQuest dit : l’écriture implique du travail, de la réflexion, de l’écriture et de l’exercice » : j’approuve et applaudis. David, on t’aime 😉

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