Du Kon-Tiki à Robopocalypse, une aventure humaine

20130303-200457.jpg

Quel rapport peut-il bien y avoir entre « Robopocalypse » (2011, NY), roman d’anticipation sur le soulèvement des machines écrit par l’américain Daniel H. Wilson, et « L’expédition du Kon-Tiki » (1948, Oslo), récit du norvégien Thor Heyerdahl sur la traversée du pacifique en radeau par six hommes « dont cinq étaient aussi peu marins que possible« ?

Pour résumer, disons que ces deux auteurs sont des scientifiques qui écrivent sur des sujets qu’ils maitrisent parfaitement car ils les étudient, les vivent ou les ont vécus. Wilson est docteur en robotique de l’université de Carnegie Mellon. Il n’a pas encore eu à lutter contre des robots tueurs (à priori) mais il sait comment les technologies actuelles pourraient évoluer, nos modes de vies avec elles, et tout cela dégénérer allègrement. Il saura aussi s’en défendre et a déjà écrit un livre tutoriel sur comment survivre au soulèvement des robots. On est jamais trop prudent! Heyerdahl était lui antropologue et le 28 avril 1947 il embarqua pour une traversée de 101 jours au milieu du pacifique avec un radeau lancé volontairement à la dérive sur 8000 kilomètres entre le Pérou et l’archipel des Tuamotu en Polynésie française. Il avait survécu à la deuxième guerre mondiale, et voulait maintenant s’attaquer à quelque chose de plus important, prouver une théorie: que le peuple polynésien serait en fait une civilisation née dans la cordillère des Andes puis arrivée par la mer. Il aurait pu finir avec ses camarades dans le ventre d’un requin baleine, une des nombreuses rencontres inattendues de la longue traversée, mais c’est dans les bibliothèques et les rêves de millions de lecteurs du monde entier qu’il n’en finira pas de voguer. Il m’arrive ainsi régulièrement de refeuilleter ce livre qui est un récit merveilleux sur la curiosité, la camaraderie et le sens de l’aventure.

20130303-201548.jpg

3 copains. Photo extraite du blog de Daniel H Wilson

Cette notion d’aventure humaine se retrouve aussi au coeur du récit de Daniel H. Wilson, un spécialiste des robots qui s’est en fait beaucoup penché sur l’impact de l’introduction des robots dans notre quotidien (parfois avec humour comme dans ce petit film) et sur ce que peut avoir d’universel la notion d’humanité au delà de la condition biologique humaine. Plusieurs chapitres de Robopocalypse racontent ainsi l’histoire du vieux japonais M. Nomura et de sa femme robot et surtout le regard extérieur que notre société pourrait porter sur un couple ou une amitié humain-machine. Comme dans de nombreux récits de guerre, Robopocalypse fait aussi la part belle aux chapitres sur la solidarité entre les hommes qui oublient leurs différents ethniques, religieux, sociaux pour combattre un ennemi commun, les machines, ou plutôt certaines machines.

Lors de sa traversée du pacifique, Heyerdahl partait lui aussi à la recherche de ce qui fait de nous des hommes, quel que soit notre rivage d’origine. Ses camarades de traversée avaient tous vécu l’horreur de la deuxième guerre mondiale et voulaient vivre une nouvelle aventure où leurs talents pourraient être mis à contribution pour le bien de l’humanité et la progression de la connaissance des peuples. Ils partaient sans nourriture sur un radeau de balsa mais avec une bonne cargaison de bonne humeur ainsi qu’un perroquet et une guitare.

Kon-Tiki, le film de 2012

L’expédition du Kon-Tiki a déjà fait l’objet d’un documentaire sorti en 1950, réalisé par Heyerdahl qui photographiait et filmait la traversée. Son petit fils Olaf Heyerdahl a également en 2006 réalisé sa propre traversée hommage sur une réplique du radeau Kon-Tiki pour les 60 ans de l’expedition originelle : l’expédition Tangaroa. En 2012 les Norvègiens ont aussi eu la chance de pouvoir admirer leurs héros sur grand écran dans la plus grosse superproduction jamais réalisée dans le pays, nominée aux Oscars dans la catégorie Meilleur film Etranger. Bien que n’ayant pas gagné d’Oscar, cette exposition médiatique aura permis aux Norvégiens de négocier des droits de distribution internationaux pour leur film, notamment avec la Weinstein Compagnie qui lui ouvre le marché américain.

Le film entamera son tour du monde avec une sortie en Allemagne le 21 mars 2013, mais à ce jour la date de sortie en France n’est pas encore connue. Cela me plonge dans un abîme de perplexité. Après tout, c’est en Polynésie française que germa l’idée de la traversée, lorsqu’un soir sur une plage Heyerdahl entendit un vieillard raconter la légende du grand chef dieu polynésien Tiki, fils du soleil. Le drapeau français flottait fièrement au vent sur le mât du Kon-Tiki, aux côtés du drapeau norvégien et des drapeaux des autres nations ayant soutenu l’expédition. Mais peut être que les français ne méritent pas un film optimiste et lumineux porté par des aventuriers scientifiques, cela risquerait de nous détourner de la crise et nous faire oublier le pessimisme ambiant. Ne manquerait plus que les gens se mettent à sourire dans la rue et laisser les voyageurs descendre des rames de métro avant d’y monter. A côté de celà le soulèvement des machines provoquerait peut être moins de perturbations dans notre quotidien.

En attendant une sortie salle ou DVD du film Kon-Tiki, et la sortie sur grand écran de l’adaptation de Robopocalypse (projet retardé par Steven Spielberg pour en faire un projet plus intimiste et humain que technologique, et moins cher… ce qui pousse Daniel H. Wilson à boire pour oublier ses rêves Hollywoodiens), je vous offre la première phrase du premier chapitre du livre Kon-Tiki :

Il arrive parfois qu’on se retrouve dans une situation bizarre. On y a été entrainé peu à peu, le plus naturellement du monde, mais une fois qu’on y est bien plongé, on s’étonne soudain et la question se pose de savoir comment diable les choses en sont venues là.

Heyerdahl évoquait là les circonstances et la théorie qui l’avaient amené à se retrouver sur un radeau avec cinq compagnons et un perroquet au milieu du Pacifique, à se nourrir des poissons volants retrouvés au réveil sur le pont. Une phrase que nous pouvons aujourd’hui méditer en regardant notre quotidien aseptisé, automatisé et de plus en plus deshumanisé.

Courage. Je vous propose le programme de survie suivant : mangez du poisson, regardez la magnifique bande annonce de Kon-Tiki (le film), enchaînez sur le documentaire de l’expédition Tangaroa, faites vous un petit thé à la fleur de tiaré et (re)lisez Kon-Tiki!

A propos Tamala75 aka Séverine Godet

Précédemment attachée à la presse, je suis aujourd'hui consultante en marketing des services et toujours accro aux nouvelles technos. Je suis aussi Responsable éditorial de Atout DSI, site et communauté pour les DSI qui se transforment.
Galerie | Cet article, publié dans Littérature, Souvenirs du siècle passé, est tagué , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s